Les 40 ans du Parti Démocratique Gabonais (PDG) et les médias publics

Libreville, 02/ 06/ 08 (Gabon D’Abord Actualités)

Il y a bientôt deux mois : les 15 et 16 mars 2008, le Parti Démocratique Gabonais (PDG) organisait, à Koulamoutou, les cérémonies marquant son quarantième anniversaire. C’est en effet, le 12 mars 1968, que l’actuel Président de la République, Chef de l’Etat, Son Excellence, à l’époque, Albert Bernard BONGO, créait le parti qui deviendra aussitôt le parti unique.

 

         Grâce aux quatre principales chaînes de télévision du paysage audiovisuel national, cet évènement a été suivi par l’ensemble des téléspectateurs de la RTG 1, RTG 2, TéléAfrica et TV+. Elles ont également diffusé à plusieurs reprises les festivités du quarantième anniversaire du PDG qui se sont déroulées à Libreville au début du mois d’avril.

 

         La retransmission en temps réel et les nombreuses rediffusions de cet anniversaire par les chaînes RTG1 et RTG2 relèvent d’un traitement inéquitable des partis politiques. En effet, de nombreux partis tel le Parti Gabonais du Progrès (10 mars) célèbrent leur anniversaire en mars ; pourtant, ils n’ont eu droit ni à un reportage ni à une interview diffusé sur les ondes nationales.

 

      L’absence d’équité que manifestent nos chaînes publiques est-elle liée à la surface financière des différents partis politiques où résulte-t-elle d’aspects institutionnels ?

 Le parti démocratique gabonais bénéficie d’une forte médiatisation dans les chaînes gouvernementales du fait qu’il dispose de suffisamment de moyens financiers pour payer des temps d’antenne dans toutes les chaînes : RTG1, la RTG2, TéléAfrica et TV+.

 Si cette affirmation paraît plausible, concernant TéléAfrica et TV+, elle est irrecevable lorsqu’il s’agit de la RTG1 et de la RTG2. En effet, ces chaînes sont des services publics de communication placés sous la tutelle du ministre en charge de la communication. Dans leurs activités, la RTG1 et la RTG2 disposent des moyens de l’Etat : crédits budgétaires, locaux mis à disposition par l’Administration et le personnel est constitué, pour l’essentiel, d’agents de l’Etat. En conséquence, c’est le contribuable qui soutient l’activité des chaînes d’Etat. Ainsi, comme tout service public, les médias publics se doivent, en retour, de fournir leurs missions « dans le respect des intérêts et de l’égalité des citoyens ». A ce titre, elles  devraient assurer « un traitement équitable à tous les partis politiques et associations reconnus » tel que le stipule le code de la communication.

 L’expression de la démocratie est garantie par le Conseil national de la communication (CNC). Cet organe est chargé de veiller, entre autres, « au traitement équitable par les médias publics de tous les partis et associations reconnus ». Pourtant, comme pour les années antérieures déjà, le régulateur de l’audiovisuel national a fermé les yeux sur la partialité dont fait preuve les médias gouvernementaux. La classe politique et la société civile sont restées silencieuses sur cette question.

C’est plutôt une combinaison de facteurs institutionnels qui serait à l’origine du traitement inégal dont bénéficie le parti démocratique gabonais dans les ondes publiques.

 « Les (…) services publics de communication sont chargés de la conception, de la programmation et de la diffusion d’émissions… » Selon l’article 64 du code de la communication, les dirigeants de ces médias sont nommés par le Président de la République. Or, l’actuel Président de la République est par ailleurs Président (fondateur) du Parti Démocratique Gabonais. Notons que la Constitution gabonaise ne relève pas d’incompatibilité entre la fonction de Président de la République et celle de Président d’un parti politique. En outre, l’école des cadres du PDG, le Centre Universitaire des Sciences Politiques et du Développement (CUSPOD), a contribué à former de nombreux journalistes actuellement en fonction dans les médias publics.

 Au niveau du contrôle, le président du Conseil national de la communication ainsi que deux autres de ces membres sont nommés par le Président de la République. Les six autres membres sont désignés par les présidents des deux chambres parlementaires à raison de trois chacun. Or, le PDG disposant de la majorité aux deux chambres, le Président de l’Assemblée nationale et le Président du Sénat sont d’éminentes personnalités issues du plus grand parti politique gabonais.

 Le fait que la RTG2 soit dans la même enceinte que le Palais présidentiel constitue un autre indicateur de l’altération de l’objectivité des professionnels de la presse dans notre pays.

 La médiatisation du PDG est telle que les chaînes gouvernementales semblent préférer couvrir son action politique plutôt que l’action du Gouvernement.

 En effet, les allocutions, défilés, audiences et dîners de gala qui ont marqué les quarante ans du PDG à Koulamoutou et Libreville ont été retransmis en direct sur les médias publics et ont fait l’objet de rediffusions et d’éditions spéciales. En revanche, le caractère « sacré » de la Jeunesse n’a pas suffit pour que le défilé de lancement de la fête annuelle de cette tranche de la population soit diffusé, en direct ou même en différé, par la RTG1 et la RTG2. Pourtant plusieurs ministres ont honoré de leur présence l’ouverture de cette fête à l’initiative du Gouvernement. Le 21 mars à l’heure du défilé, les médias audiovisuels publics diffusaient téléfilms et émissions de musique. Seuls quelques brèves images de cet évènement furent diffusées au journal télévisé de 20h00 sur TéléAfrica.

 

L’expression des libertés publiques et la démocratie reposent sur des services publics de communication qui allient objectivité, neutralité et équité dans le traitement de l’information. L’absence d’un traitement équitable des partis politiques dans les médias « financés » au frais du contribuable et le silence « approbateur » de l’organe constitutionnel de régulation de l’audiovisuel montrent combien est encore long le chemin conduisant le Gabon vers une véritable démocratie.

Par Gabriel M. MIAO
© Gabon D'Abord Actualités

 

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 16/07/2008