
Libreville, 21/ 07 / 08
En installant Jean François Ntoutoume Emane dans son fauteuil de maire de Libreville, André Mba Obame consacrait solennellement à travers cet acte pour ensuite le célébrer au quartier Lalala, le caractère anticonstitutionnel de sa signature. Au regard de la loi, les documents paraphés à cette occasion ainsi sont-ils juridiquement valables ? Le ministre installait-il ainsi dans ses fonctions un maire nommé par le président de la République comme on nous l’a laissé entendre bien avant les élections ! Tout le monde savait déjà que c’est Jacky mille diplômes qui succèdera à ADB. Que peut-on encore attendre de la Cour Constitutionnelle ?
Alors que tous les regards des Gabonais étaient orientés vers la décision de la Cour Constitutionnelle, suite aux différents recours introduits par les candidats malheureux, André Mba Obame, ministre de l’Intérieur, décide d’installer les présidents des conseils communaux et départementaux, au mépris de la loi. Voilà qui remet sur la sellette le débat de la suprématie de la politique sur le droit au Gabon. Que redoutait Monsieur le ministre en prenant cette décision qui met en cause le pouvoir judiciaire dans notre pays. Tout simplement qu’il y a comme une crainte du verdict de la Cour Constitutionnel qui risque, au vu des éléments disponibles versés au dossier en question, annuler les élections au 5ème arrondissement où ailleurs selon les contentieux ayant été introduits. Apparemment, le président de la Cour Constitutionnelle, Madame Madeleine Mborantso, semble ne plus disposer suffisamment de la marge de manœuvre pour rendre en toute âme et conscience le verdict. Autrement dit, que pouvons-nous encore attendre de la décision de ladite institution au moment où le tout puissant ministre de l’Intérieur a fait fi de la loi fondamentale en installant dans son fauteuil Jean François Ntoutoume Emane, mal élu comme les observateurs l’ont noté lors du scrutin. Ceci est d’autant plus déplorable que parmi les invités à la cérémonie d’installation, on a pu noter la présence d’imminentes personnalités relevant du corps judiciaire. En ce sens la présence du premier ministre, Chef du gouvernement n’était-elle pas la preuve pour sonner le glas à la justice qui n’aura eu qu’à constater le déroulement de ce film d’une autre espèce. Sans doute, la Cour Constitutionnelle fera son travail les jours à venir. Elle doit obéir au délai qui lui est imparti par la loi pour vider le contentieux.
Le verdict qui ne surprendra plus le Gabonais averti aura une forte coloration politique. Qu’on le veuille ou pas, sauf miracle, la haute institution judiciaire pourrait se conformer à la volonté de l’administration de l’Intérieur. Cette volonté politique s’érige en pouvoir. Ainsi aurions-nous le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif, le pouvoir politique et dans une moindre mesure le pouvoir judiciaire qui perd chaque jour et au fil des élections de sa substance. Dommage que de tels comportements soient relevés dans un pays qui prône la démocratie dans tous les discours. Etait-ce du ressort de la Cour Constitutionnelle de constater l’anticonstitutionnalité de cet acte posé par le ministre de l’Intérieur ?
Dans un Etat de droit, Mba Obame serait traduit en justice pour avoir trahi la nation gabonaise devant la loi et induit en erreur toute une administration. Pour sa part, la seule chose qui reste au président de la Cour Constitutionnelle, Marie Madeleine Mbouratsouo, est de démissionner si jamais les choses demeuraient en l’état après une éventuelle décision contraire, qui mettrait en cause l’élection de Ntoutoume Emane au 5ème arrondissement de Libreville bien qu’ayant déjà été installé. N’a-t-on pas vu un député siégeant rentre l’écharpe après une décision de la Cour Constitutionnelle qui annulait les résultats proclamés par le ministère de tutelle ?
Des fraudes et des pratiques d’un autre âge ont été relevées sans que les organismes chargés de superviser les opérations électorales, notamment la Cenap, s’en soient émus. Ni les partis politiques ayant pris part au bureau n’ont pu rien faire devant la grosse machine et les moyens déployés par l’enfant terrible de Lalala pour gagner à tout prix le siège et comme on dit çà et là, faire la volonté du mentor sous sa haute impulsion. Qui dirait mieux ? Nous ne sommes pas au dernier acte de cet imbroglio, au contraire, ce n’est qu’un lever des rideaux.
Par Didier Makambo
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