EN PRISON AVEC DIEU

 « Seul dans ma cellule, maintenant, je pouvais sentir presque physiquement la présence de Satan.
Il faisait sombre, froid, et il se moquait de moi ».


La Bible parle de lieux retirés où les esprits mauvais dansent, et j'étais dans un de ces lieux. J'entendais sa voix, jour et nuit: "Où donc est ton Jésus? Ton sauveur ne peut pas te sauver. On t'a menti, et tu as menti aux autres. Il n'est pas le Messie ! Tu t'es trompé de personne !" Alors j'ai crié: "Et qui est le vrai Messie qui doit venir?" La réponse fut simple, mais trop blasphématoire pour être répétée ici. J'avais écris des livres et des articles prouvant que Jésus était le Messie, mais je n'avais pas même un seul argument à présenter. Le diable, qui était parvenu à faire douter en prison Nils Hauge, le grand évangéliste norvégien, qui avait fait de même à Jean Le Baptiste dans son donjon, s'acharnait contre moi. J'étais sans défense. Ma joie, et ma sérénité, tout s'en était allé. J'avais senti le Christ si proche de moi auparavant, enlevant mon amertume, illuminant mes ténèbres, mais à ce moment je criais: "Eli, Eli, lama sabachtani"(Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné). J'étais totalement seul, abandonné. Durant ces jours effroyables de noirceur, lentement j'ai composé un poème, qui ne serait pas aisément accepté par ceux qui n'ont pas connu les mêmes expériences physiques et spirituelles. Ce poème me sauva. Avec ces mots, leur rythme, et leur répétition, j'ai réussi à vaincre Satan. Voici, sans les rimes, ni le rythme, le poème dans son sens exact traduit du roumain:

Depuis mon enfance j'ai fréquenté églises et temples,
En eux, Dieu est glorifié.
Différents prêtres chantaient, avec zèle.
Ils disaient qu'il était bon de T'aimer.
Mais en grandissant, je vis tellement de malheurs dans le monde de ce Dieu que je me dis à moi-même: "Il a un cœur de pierre. Autrement, il ôterait les difficultés de notre chemin."
Des enfants malades luttant contre la fièvre dans des hôpitaux, pendant que leurs parents prient pour eux.
Le Ciel reste sourd.
Ceux qu'on aime partent pour la vallée de l'ombre et de la mort, et pourtant nous avions prié très longtemps.
De jeunes hommes innocents brûlent vif dans une fournaise.
Et le Paradis est silencieux.
Il laisse les choses se faire.
Dieu ne s'est-Il jamais posé la question si, même à voix basse, les croyants eux-mêmes ne commençaient pas à douter?
Affamés, torturés, persécutés dans leur propre patrie, leurs questions demeurent sans réponse.
Le Tout-Puissant n'est pas concerné par les horreurs qui sont notre lot.
Comment puis-je aimer le Créateur des microbes, et des tigres mangeurs d'hommes?
Comment puis-je aimer Celui qui torture tous ses serviteurs parce que l'un d'eux une fois a mangé d'un arbre?
Plus triste que Job, je n'ai plus ni femme, ni enfants, ni consolateurs, et dans cette cellule, il n'y a pas de lumière, pas même un peu d'air, c'est trop dur à supporter.
De mon lit en planche, ils me feront un cercueil.
Étendu sur mes planches, je me demande encore pourquoi mes pensées vont vers Toi, pourquoi mes écrits vont vers Toi?
Pourquoi j'ai cet amour passionné pour Toi, pourquoi je n'arrive pas à chanter à quelqu'un d'autre qu'à Toi?
Je sais que je suis rejeté; dans un petit moment, je serai dans un trou, en train de pourrir.
La fiancée du Cantique des cantiques ne t'aime pas lorsqu'elle demande si Tu es "correctement aimé".
L'amour est à lui-même sa propre justification.
L'amour n'est pas pour les hommes sages.
Même si mille embûches se dressaient sur sa route, elle continuerait d'aimer.
Même si le feu la brûlait ou si les vagues l'emportaient, elle continuerait d'embrasser la main qui la blesse.
Si elle ne trouve aucune réponse à ses questions, elle a confiance et elle attend.
Un jour, dans ces lieux retirés, le soleil brillera et tout ce qui est caché sera révélé pleinement.
Le pardon de ses nombreux péchés n'a fait qu'augmenter l'amour ardent de Madeleine.
Mais elle a donné son parfum, et versé ses larmes avant que Tu ne lui adresses les mots du pardon.
Si ces mots n'étaient pas sortis de Ta bouche, elle serait restée là, à t'aimer, en restant dans ses péchés.
Elle t'aimait avant que Ton sang ne se mette à couler.
Elle t'aimait avant que Tu ne la pardonne.
Je ne demande pas non plus s'il est bon et légitime de T'aimer.
Je ne T'aime pas pour obtenir un jour le salut.
Je t'aimerai même si mes malheurs durent éternellement.
Je T'aimerai jusque dans le feu de l'enfer.
Si Tu avais refusé de descendre jusqu'aux hommes, Tu serais resté mon rêve, lointain.
Si Tu n'avais pas voulu semer Ta Parole, je T'aurais aimé sans l'avoir entendue.
Si le jour de la Crucifixion, Tu avais hésité et même si Tu T'étais enfui, et que le salut n'existerait pas, je T'aimerais quand même.
Et si j'avais découvert qu'il y avait du péché en Toi, je le couvrirais de mon amour.
Maintenant, je n'ai plus peur de dire les paroles d'un fou, pour que tous sachent combien je T'aime.
Maintenant, je vais faire vibrer des cordes que personne n'a jamais touchées et je vais Te magnifier avec une musique nouvelle.
Si des prophètes annonçaient quelqu'un d'autre, je les quitterai pour rester avec Toi.
Qu'ils produisent un millier de preuves, mon amour n'ira qu'à Toi.
Si j'étais divinement averti que Tu fus un trompeur, en pleurant je prierais pour Toi, et même si je ne Te suivais pas dans l'erreur, mon amour ne diminuerait pas pour Toi.
Pour Saül, Samuel passa sa vie dans le jeûne et les larmes.
Même si j'apprenais que Tu avais perdu, mon amour résisterait.
Si c'était Toi et pas le diable qui T'étais révolté contre le ciel, et avais perdu la sympathie des anges, si Tu étais tombé comme un archange, de haut, de très haut, sans espoir, moi je continuerai d'espérer que le Père Te pardonne et qu'un jour Tu marcherais de nouveau dans les rues pavées d'or du Ciel.
Si Tu n'étais qu'un mythe, je fuirais la réalité et me réfugierais avec Toi dans le rêve.
Si l'on me prouvait que Tu n'existes pas, c'est mon amour qui Te donnerait la vie.
Mon amour est fou, sans motif et sans raisons, comme le Tien.
Seigneur Jésus, trouve un peu de bonheur dans ce lieu où je me trouve.
Je n'ais pas plus à t'offrir.

Lorsque j'eus écrit ce poème, je n'ai plus jamais senti la proximité de Satan. Il était parti. Dans le silence, je sentais le baiser de Christ. Tout le monde est silencieux quand on l'embrasse. Le calme, et la joie revinrent.

Pasteur Richard Wurmbrand

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